Carrefour et Intermarché : la guerre des filières bio éclate

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Carrefour et Intermarché : la guerre des filières bio éclate
Carrefour et Intermarché : la guerre des filières bio éclate | Infomatin.fr

Le 2 avril 2025, l’Autorité de la concurrence a frappé fort. Carrefour et Intermarché sont dans le collimateur pour des pratiques anticoncurrentielles présumées dans le secteur des produits bio. Une affaire qui pourrait bien révéler les dessous d’une stratégie que certains qualifient déjà de segmentation artificielle du marché. Que se cache-t-il derrière cette bataille silencieuse ?

Une segmentation orchestrée ou simple coïncidence ?

Au cœur de la tourmente, une segmentation présumée entre réseaux spécialisés et généralistes, mise en place dès novembre 2016. Carrefour, via ses filiales Sobio, Greenweez et CSF, est accusé d’avoir orchestré une entente pour réserver certains produits bio aux circuits spécialisés, laissant les généralistes sur le carreau. Une stratégie subtile ou une entente déguisée ? Carrefour nie en bloc : « _On nous reproche une prétendue pratique concertée avec le Synabio sur une segmentation des produits bio_ », clame le géant, précisant que Sobio et CSF n’ont jamais adhéré au syndicat, et que Greenweez n’aurait assisté qu’à une seule réunion.

Intermarché, avec Les Comptoirs de la bio, n’est pas en reste. L’enseigne, numéro 3 du secteur alimentaire en France, réagit sans détour : « _Nous contestons fermement ce grief_ ». Une réponse qui en dit long sur la tension ambiante.

Anticoncurrence ou malentendu ?

Derrière ces accusations, une mécanique bien rodée. La notification de griefs n’est pas une preuve de culpabilité, mais une étape formelle ouvrant une procédure contradictoire. L’Autorité de la concurrence, forte de ses 17 membres, rappelle que seule une décision en séance plénière pourra trancher.

Carrefour n’en est pas à son premier rodéo. Déjà épinglé en 2011 pour des pratiques contractuelles jugées déséquilibrées, le groupe avait dû assouplir certaines clauses. Aujourd’hui, l’entente dénoncée pourrait impliquer des échanges sous l’égide du Synabio. Carrefour persiste : « _Carrefour n’a jamais acquiescé à la prétendue ligne commune adoptée au sein du Synadis Bio._ »

Le secteur bio sous tension

L’agriculture biologique, bien que fondée sur des principes éthiques, n’échappe pas aux lois du marché. Les tensions entre distribution conventionnelle et filière spécialisée ne datent pas d’hier. Depuis 2022, la consommation bio recule, exacerbant la concurrence. Certains se demandent si ce cloisonnement n’aurait pas évité une cannibalisation des parts de marché. Difficile à prouver, mais dans un contexte où le bio peine à séduire les classes moyennes, l’idée de barrières invisibles à la distribution n’est pas à écarter.

Le groupe Casino, propriétaire de Naturalia, et le leader Biocoop, n’ont reçu aucune notification de griefs. Un contraste qui ajoute à la complexité de l’affaire.

Un dossier explosif aux conséquences incertaines

L’instruction suit son cours. Si les pratiques anticoncurrentielles sont confirmées, des sanctions financières lourdes pourraient tomber. Mais la bataille juridique ne fait que commencer, et les délais s’annoncent longs. En attendant, la crédibilité des distributeurs concernés vacille.

Coordination délibérée ou simple quiproquo ? L’affaire des filières bio risque de hanter les conseils d’administration et d’alimenter la défiance des consommateurs déjà désabusés.

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