Europe : la ruée vers les matières premières

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Europe : la ruée vers les matières premières
Europe : la ruée vers les matières premières | Infomatin.fr

La transition énergétique européenne se transforme en une véritable course à l’extraction. L’objectif ? Réduire la dépendance écrasante vis-à-vis des importations chinoises. Le commissaire européen à l’Industrie, Stéphane Séjourné, l’a martelé : « Le lithium chinois ne sera pas le gaz russe ».

Une stratégie d’extraction massive

Bruxelles a lancé un plan ambitieux pour exploiter 14 des 17 matières stratégiques identifiées dans la loi sur les matières premières critiques de 2024. Lithium, nickel, graphite, gallium, manganèse : ces éléments sont désormais cruciaux pour les batteries, les semi-conducteurs et l’industrie de défense.

Sur 170 candidatures, 47 projets ont été sélectionnés, répartis dans treize États membres. Mines, unités de transformation, centres de recyclage : tout est mis en œuvre pour accélérer le processus. Les permis d’extraction seront délivrés en 27 mois maximum, contre 10 ans auparavant.

La France en première ligne

La France se positionne avec deux projets phares autour du lithium : Imerys dans l’Allier et Eramet en Alsace. Imerys vise à équiper 700 000 voitures électriques par an dès 2028, tandis qu’Eramet, alimenté par géothermie, pourrait être opérationnel dès 2027.

En Espagne, Finlande, Roumanie et Portugal, des mines de graphite, nickel et cobalt sont également prévues. L’Europe veut éviter que les matériaux extraits ne soient raffinés en Chine, comme c’est encore trop souvent le cas.

Des objectifs ambitieux

L’Europe vise à extraire 10 % de ses matières premières, à en transformer 40 % localement et à en recycler 25 % d’ici 2030. Une limite est fixée : aucune matière stratégique ne doit dépendre à plus de 65 % d’un seul pays tiers.

Les critiques montent au créneau

La Raw Materials Coalition, regroupant plus de 180 ONG, critique le manque de transparence dans la sélection des projets et dénonce un déséquilibre : « La liste actuelle semble donner la priorité à l’extraction plutôt qu’aux solutions à long terme ».

Bruxelles promet que les projets respecteront les législations sociales et écologiques. Mais le scepticisme persiste. Le rapport de force entre acceptabilité locale et stratégie continentale reste fragile.

Un contexte géopolitique tendu

Stéphane Séjourné reste ferme : « Soyons clairs, nous sommes dans l’obligation d’ouvrir de nouvelles mines en Europe ». Et alors que Donald Trump pourrait relancer une guerre des taxes douanières sur le cuivre, l’Europe doit s’adapter à un contexte mondial en pleine mutation.

La Commission européenne envisage déjà une seconde vague de projets, y compris en dehors de l’Union : Ukraine, Groenland ou Balkans pourraient bientôt être labellisés « projet stratégique européen ».

Un pari risqué

Bruxelles espère atteindre une autonomie totale sur le lithium d’ici cinq ans. Un défi colossal. Entre promesses industrielles, exigences écologiques et batailles géopolitiques, l’Europe joue gros. L’enjeu dépasse la simple extraction : il s’agit de réécrire les règles du jeu énergétique mondial.

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