Le 26 mars 2025, Attac France a frappé fort. Son rapport, « La dette de l’injustice fiscale », coécrit avec le Comité pour l’abolition des dettes illégitimes (CADTM), dénonce un gouffre financier. Sous Macron, les exonérations fiscales ont coûté à l’État 207 milliards d’euros entre 2018 et 2023. Un chiffre qui donne le vertige.
Ce montant représente un quart de l’augmentation de la dette publique française sur la même période. En clair, l’État a sciemment réduit ses recettes sous couvert de « compétitivité » et de « ruissellement ». Des mots ronflants, mais sans preuve d’efficacité.
Macron, le Père Noël des riches ?
Attac ne mâche pas ses mots. Le rapport dissèque les mesures fiscales les plus controversées : suppression de l’ISF, prélèvement forfaitaire unique sur les revenus du capital, baisse de l’impôt sur les sociétés, exonérations de cotisations sociales sur les hauts salaires, et niches fiscales pour les holdings. Les grandes entreprises du CAC 40, comme TotalEnergies, BNP Paribas ou LVMH, ont profité de ces largesses. Leur taux d’imposition effectif est parfois tombé sous les 10 %, loin des 25 % théoriques. Des dispositifs légaux, mais qui trahissent l’équité fiscale sans bénéfice macroéconomique mesurable.
« L’intégralité des cadeaux faits aux Français les plus aisés n’a eu absolument aucune conséquence, ni sur un surcroît d’investissement, ni sur une amélioration du pouvoir d’achat », affirme un document de Fipeco, en écho aux constats d’Attac.
Un choix politique qui étrangle la justice sociale
Devant le ministère de l’Économie, le 26 mars 2025, Attac a déployé une banderole : « La dette de l’injustice fiscale : 207 milliards d’euros de cadeaux fiscaux aux ultrariches et aux multinationales ». Deux marionnettes géantes, à l’effigie de Bernard Arnault et Vincent Bolloré, ligotées à des sacs d’argent, symbolisaient un État enchaîné par ses propres choix fiscaux. Bolloré, en prime, aurait bénéficié d’une ristourne fiscale de plus de 200 millions d’euros malgré une condamnation pour fraude.
Youlie Yamamoto, porte-parole d’Attac, critique la logique gouvernementale : « Une partie importante de cette dette est pourtant la résultante des baisses d’impôts et de prélèvements qui ont largement bénéficié aux plus riches et aux grandes entreprises ». Elle s’oppose à François Bayrou, Premier ministre, qui prône des coupes dans les budgets sociaux pour contenir une dette qu’il qualifie « d’abyssale ».
Vincent Drezet, également porte-parole d’Attac, appelle à une rupture immédiate : « Des mesures de justice fiscale doivent être mises en œuvre : imposition du patrimoine juste et efficace, taxe sur les superprofits, les superdividendes, les transactions financières. Il faut également renforcer à tous niveaux les moyens de lutte contre l’évasion et la fraude fiscales ».
L’addition sociale d’une politique fiscale asymétrique
Les 207 milliards d’euros évoqués par Attac ne sont pas qu’un chiffre : ils auraient pu financer 15 hôpitaux ultramodernes, doubler le budget de l’Éducation nationale ou créer 500 000 logements sociaux. Au lieu de cela, ils ont nourri une logique où les dividendes explosent tandis que les services publics s’effondrent.
Cette ponction silencieuse sur les finances publiques s’accompagne d’une crise de légitimité démocratique : comment justifier des coupes budgétaires au nom de la dette quand celle-ci a été volontairement aggravée par des choix fiscaux ciblés ? Pour Attac, la justice fiscale n’est pas une option idéologique, mais une nécessité structurelle pour reconstruire une économie plus équitable.