Le 28 mars 2025, un coup de tonnerre s’abat sur les entreprises françaises. Une missive de l’ambassade des États-Unis à Paris exige l’abandon des politiques de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI). En jeu ? L’accès aux appels d’offres fédéraux. Derrière cette injonction, le décret présidentiel 14173 signé par Donald Trump le 21 janvier 2025.
Pas de place pour la diplomatie dans ce courrier. Les entreprises doivent se plier à la ligne politique de Trump, sous peine d’exclusion. « _Le contractant ou l’offrant potentiel certifie qu’il (…) ne met pas en œuvre de programmes de promotion de la diversité, de l’équité, et de l’inclusion qui enfreignent les lois fédérales antidiscrimination applicables_. », rapporte Le Monde.
Le message est clair : pour commercer avec Washington, il faut renoncer à l’inclusion. Ce n’est pas qu’une condition économique, c’est une allégeance idéologique.
Un message qui résonne au-delà des frontières
La France n’est pas seule dans cette tourmente. Selon Le Figaro, l’Italie, l’Espagne, la Belgique, et même une bibliothèque de Barcelone ont reçu la même injonction. L’alignement exigé est mondial.
Le décret 14173 : un manifeste politique
Ce courrier s’appuie sur un décret passé inaperçu : l’Executive Order 14173. Signé dès l’investiture de Trump, il prétend restaurer le mérite et combattre les discriminations. En réalité, il abroge les dispositifs d’inclusion et impose une conformité stricte aux partenaires, même étrangers. « _Tout partenaire doit certifier ne promouvoir aucune politique DEI contraire aux lois fédérales_ ».
Les entreprises non conformes risquent des enquêtes ciblées. Les grandes fondations et universités étrangères sont aussi dans le viseur.
Paris s’indigne, le patronat s’insurge
À Paris, la réaction ne se fait pas attendre. Le ministère du Commerce extérieur dénonce des « _ingérences américaines inacceptables_ » et promet de défendre « _nos entreprises, nos consommateurs, mais aussi nos valeurs_ », selon 20 Minutes. Éric Lombard, ministre de l’Économie, rappelle : « _Cette pratique reflète les valeurs du nouveau gouvernement américain. Ce ne sont pas les nôtres_ », dans Le Monde.
Le Medef, par la voix de Patrick Martin, qualifie la lettre d’« inadmissible ». « _Il est hors de question de renoncer aux règles d’inclusion dans les sociétés_ », affirme-t-il sur LCI, relayé par FranceInfo. L’ingérence de Trump, avec Elon Musk en coulisses, ne semble pas prête à influencer les politiques françaises.
Le conflit dépasse l’économie : il s’agit d’une bataille de valeurs. Entre Washington et Paris, la vision de la justice sociale et de l’équité diverge. En Europe, la diversité est un atout, tandis qu’aux États-Unis, les décisions conservatrices de Trump provoquent des remous.
Une guerre culturelle mondialisée
Ce bras de fer révèle une réalité plus large : la mondialisation des guerres culturelles américaines. Pour Trump, la DEI est une « discrimination déguisée ». Pour l’Europe, c’est un impératif de performance et d’innovation. Derrière cette offensive, une idéologie punitive se déploie, armée de contraintes juridiques et économiques. Le décret 14173 n’est pas qu’un texte technique : c’est une doctrine réactionnaire.
La diversité n’est pas un gadget moral : c’est un levier de transformation économique, un gage d’intelligence collective. En exportant ses combats idéologiques, Washington cherche à redessiner l’économie mondiale à son image. Mais cette tentative risque de rencontrer une résistance plus vaste qu’attendu. Les entreprises françaises ont reçu une lettre, mais elles peuvent y répondre par un engagement clair : ne jamais troquer leurs valeurs contre des parts de marché.
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